20/10/2004

Les carnets se suivent...

... et ne se ressemblent pas...

 

Gordon, de Edith Templeton

 

Etrange, très étrange récit...

 

En fait, il semble que ce livre soit autobiographique... Paru en 1966, sous le couvert de l’anonymat, il a été l’objet d’un terrible scandale...

 

L’histoire ? On se trouve à Londres, au lendemain de la seconde guerre mondiale. La narratrice, 28 ans, une femme qui se voit comme quelqu’un de tout à fait comme il faut... ce qui n’est pas peu dire à l’époque.

 

Soudain, presque par hasard, elle croise le regard, étrange, déplaisant d’un homme qu’elle trouve franchement déplaisant... Et pourtant... pourtant, elle va le suivre, quand il lui prendra le bras d’une poigne ferme. Ils seront amants à peine une heure plus tard.

 

Commence alors une étrange relation. Lui, l’homme d’expérience, plus âgé d’à peu près 20 ans, va la guider dans une histoire de domination et de cruauté... Et elle, d’une étrange passivité, va tout accepter...

 

En fait, plus le récit avance, plus Louisa se laisse guider, diriger par Gordon, plus elle se sent sereine, libérée de ses peurs, calme...

 

Bien entendu, cette emprise n’est pas aussi à sens unique que Louisa semble le penser. Mais son aveuglement est assez remarquable, de bout en bout... Recherche du père, besoin de déculpabilisation, il faut avouer que les motivations psychologiques sont assez « évidents », pour ne pas dire tarte à la crème... Mais tout tient la route, parce que tout s’imbrique parfaitement... Et même si le lecteur met assez vite le doigt (on ne rit pas, merci...) sur les ressorts de la mécanique interne de Louisa, il est tout aussi normal de la voir se les cacher à elle même autant que possible !

 

Autre chose : ceux qui pensent qu’il s’agit d’un florilège de scène de fouet peuvent passer leur chemin, même si Louisa décrit sa relation avec Gordon comme « une longue suite de tortures », tout se fait dans la tête... Il y a bien parfois un ton menaçant, une main trop serrée... Mais rien de plus... Ce n’est d’ailleurs pas nécessaire...

 

Au final, c’est une histoire un peu décalée mise sous la loupe, mais ses outrances sont notre quotidien, simplement magnifiée, outragée, multipliée. Toute relation humaine est manipulatrice, si on admet que ce terme n’est pas obligatoirement « démoniaque ». Si l’on ne peut jamais se connaître soi-même totalement, comment croire que l’on se montre réellement à l’autre ? L’être humain est une succession de masques, certains plus épais que d’autres... Et les mensonges envers soi sont les plus fréquents, non ?

 

Assez étonnamment, on finit par se demander, à lire ce livre, si, dans cette histoire précise, le « dominant » n’est pas plus éperdument épris de la dominée... Elle ne cherche pas vraiment à le comprendre, à s’approprier son quotidien, sa façon de fonctionner... Alors que lui multiplie les explorations de sa psyché... C’est d’ailleurs lui qui mettra un terme à l’histoire... Et qui en sortira le plus secoué, pour ne pas dire plus...


18:04 Écrit par M | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

En voilà un qui vient grossir ma lsite de lectures. Carnet de lecture qui donne envie d'acheter le livre... une fois encore !

Bonne journée.

Écrit par : Noephix | 21/10/2004

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